Mali et Mauritanie : tensions apaisées après des échanges diplomatiques
Les relations entre Bamako et Nouakchott ont frôlé l’incident après des accusations publiques échangées la semaine dernière : le Mali a reproché à la Mauritanie d’abriter sur son territoire des groupes armés détenant des militaires maliens, allégations vigoureusement rejetées par Nouakchott. Les deux États affichent toutefois aujourd’hui la volonté d’éviter une escalade.

Selon plusieurs interlocuteurs consultés, la crise a été rapidement contenue. Une source proche des services de sécurité maliens assure que l’affaire a été refermée après des échanges en coulisses, tandis qu’un diplomate mauritanien confirme un apaisement et évoque un désaccord apparent entre le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, et l’état-major des forces armées.
Il convient de rappeler que ce sont les autorités militaires maliennes qui avaient rendu publiques les accusations, procédant en dehors des voies diplomatiques habituelles et provoquant ainsi une vive réaction de la partie mauritanienne.
On peut s’interroger sur la nature exacte de cette sortie : s’agissait-il d’une initiative non coordonnée de l’armée, ou d’une manœuvre politique de Bamako ? L’expérience récente des relations de la junte malienne avec d’autres capitales, comme Alger, montre que la communication officielle peut parfois osciller entre formules conciliantes et ruptures soudaines.
Actions diplomatiques et propositions d’enquête
Pour tenter de circonscrire la crise, Nouakchott et Bamako ont multiplié les contacts bilatéraux : le ministre mauritanien des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, a reçu l’ambassadeur du Mali à Nouakchott le lundi 16 mars, puis Abdoulaye Diop a reçu le chargé d’affaires mauritanien à Bamako le lendemain.
Les communiqués publiés après ces entretiens prônent le renforcement de la coopération bilatérale, une formule consensuelle qui traduit surtout la volonté mutuelle de calmer le jeu sans entrer dans des précisions publiques.
Pour lever les doutes, la Mauritanie a proposé d’accueillir une commission d’enquête malienne, voire une mission de l’Alliance des États du Sahel, afin d’examiner les accusations la visant — notamment celle de servir de refuge à des groupes terroristes opérant au Mali. À ce stade, aucun calendrier ni décision formelle n’ont été rendus publics quant aux suites éventuelles de cette offre.
Plusieurs épisodes récents alourdissent pourtant le climat : Nouakchott a discrètement protesté après la mort, le 3 février, de huit citoyens mauritaniens lors d’opérations menées par l’armée malienne dans la localité de Torodo, dans la région de Kayes. Les actions répétées des Forces armées maliennes et de leurs partenaires russes de l’Africa Corps le long de la frontière — pointées du doigt pour des exécutions sommaires et une incursion signalée sur le sol mauritanien — figurent parmi les enjeux à résoudre pour ramener une relation pleinement apaisée.
Déjà en 2022, l’exécution de ressortissants mauritaniens attribuée aux forces maliennes et à leurs alliés russes avait conduit à la création d’une commission mixte. Ses conclusions, jamais rendues publiques, avaient pourtant permis d’atténuer les tensions à l’époque.
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