Elections au Bénin: retard notoire au démarrage du scrutin, à qui la faute ?
Le déroulement des élections communales et législatives du 11 janvier 2026 au Bénin a mis en lumière un contraste marqué entre, d’une part, les discours officiels rassurants et la participation visible de nombreuses personnalités, et, d’autre part, des retards significatifs observés dans l’ouverture de plusieurs bureaux de vote. Si, dans de nombreuses localités, le scrutin a effectivement démarré dans le calme, les dysfonctionnements constatés dans certaines zones, notamment à Abomey-Calavi, interrogent sur la capacité opérationnelle du dispositif électoral dans un contexte inédit d’élections générales couplées.

Le déroulement des élections communales et législatives du 11 janvier 2026 au Bénin a mis en lumière un contraste marqué entre, d’une part, les discours officiels rassurants et la participation visible de nombreuses personnalités, et, d’autre part, des retards significatifs observés dans l’ouverture de plusieurs bureaux de vote. Si, dans de nombreuses localités, le scrutin a effectivement démarré dans le calme, les dysfonctionnements constatés dans certaines zones, notamment à Abomey-Calavi, interrogent sur la capacité opérationnelle du dispositif électoral dans un contexte inédit d’élections générales couplées.
Sur le terrain, les constats sont contrastés. Dans plusieurs communes et centres urbains, notamment à Cotonou, Parakou, Abomey ou Kandi, des bureaux de vote ont ouvert à l’heure réglementaire de 7 heures ou avec des retards jugés marginaux. Les autorités, à l’instar du président de la République, Patrice Talon, du ministre de l’Intérieur ou de plusieurs préfets, ont publiquement salué le bon déroulement global du scrutin et appelé les électeurs à sortir massivement voter dans le calme. Ces déclarations officielles ont insisté sur la maturité démocratique du pays et sur les dispositions sécuritaires prises pour garantir un vote apaisé.
Cependant, dans d’autres zones, notamment dans certaines communes de l’Atlantique et autour d’Abomey-Calavi, la situation a été plus problématique. Des bureaux de vote sont restés fermés plusieurs heures après l’heure officielle d’ouverture, en raison de l’absence ou de l’insuffisance du matériel électoral, de la mise en place tardive des urnes ou encore de difficultés logistiques liées à l’acheminement des kits de vote. Dans certains cas rapportés par des acteurs politiques, des élus locaux et des correspondants de médias, des électeurs ont attendu de longues heures sans pouvoir exprimer leur suffrage, avant de rentrer chez eux, découragés.
Ces retards soulèvent des enjeux majeurs. D’abord, celui de l’égalité devant le suffrage. Un électeur qui se présente à 7 heures et ne peut voter qu’à 14 ou 15 heures, ou pas du tout, n’est pas placé dans les mêmes conditions qu’un autre ayant voté sans difficulté. Ensuite, celui de la sincérité du scrutin : lorsque les opérations de vote débordent largement sur la journée, voire menacent de s’étendre au lendemain, la question de la validité juridique et politique des résultats se pose inévitablement. Plusieurs analystes estiment qu’un scrutin censé se tenir sur une seule journée ne peut, sans conséquences, se transformer en un processus à cheval sur deux dates.
Un constat plus amer dans la commune de Calavi
Dans la commune d’Abomey-Calavi, les retards ont été particulièrement visibles dans l’arrondissement d’Akassato. À l’École primaire publique de Domè-Zèkanmey, sur cinq postes de vote installés, seuls quatre ont ouvert avec un léger décalage, entre 7h55 et 8h24, tandis qu’un cinquième n’a effectivement démarré qu’à 9h04. Selon le président de ce poste de vote questionné par l’Investigateur, ce retard est lié à des difficultés d’acheminement du matériel électoral et à l’absence des agents initialement affectés. Il affirme s’être retrouvé seul lors du retrait du matériel à l’arrondissement, avant de se voir attribuer tardivement un assesseur.
Face à cette situation, le coordonnateur de zone a pris une mesure exceptionnelle : recruter sur place trois jeunes électeurs disposant du niveau baccalauréat afin de compléter l’équipe du bureau de vote. Ces derniers ont été formés sur le tas, dans l’urgence, afin de permettre le lancement effectif du scrutin. Une démarche qui, si elle a permis de débloquer la situation, soulève néanmoins des questions sur l’anticipation, la formation et la disponibilité des agents électoraux dans une commune pourtant située à proximité immédiate des grandes institutions nationales.
Des constats similaires ont été faits dans d’autres centres de la commune, notamment à l’École primaire publique de Glo-Tokpa, où les bureaux ont également ouvert à partir de 8 heures, au-delà de l’horaire officiel de 7 heures. Dans l’arrondissement de Togba, les centres de Drabo et de Ouega ont eux aussi enregistré des retards comparables. À ces dysfonctionnements s’est ajoutée une faible affluence des électeurs dans les premières heures de la journée, les citoyens arrivant progressivement, parfois au compte-gouttes, ce qui a renforcé l’impression d’un démarrage laborieux du scrutin.
Qui en paie le prix ?
Ces retards, bien que localisés, prennent une dimension particulière dans le contexte des réformes politiques en cours. Les élections de 2026 constituent la première expérience d’élections générales couplées au Bénin, combinant communales et législatives le même jour. Elles se tiennent également dans un cadre juridique plus exigeant, marqué par un système partisan resserré et une compétition accrue pour des enjeux de proximité : mairies, conseils communaux et sièges à l’Assemblée nationale. Dans un tel environnement, toute entrave à l’expression du vote, même temporaire, est perçue comme un risque pour l’égalité des citoyens devant le suffrage.
Au-delà des aspects techniques, l’enjeu est aussi psychologique et politique. Un électeur qui se présente tôt le matin et ne peut voter faute de bureau ouvert peut se décourager et renoncer à revenir. Chaque retard devient alors un facteur potentiel d’abstention, susceptible d’influencer la participation globale et, par ricochet, la légitimité des résultats. Dans une démocratie qui revendique plus de trente ans de pratique électorale, ces situations sont difficilement acceptables pour une partie de l’opinion publique.
Face à ces critiques, certains observateurs appellent toutefois à nuancer l’analyse. Ils rappellent qu’aucun processus électoral, même dans des démocraties plus anciennes, n’est totalement exempt d’imprévus. L’essentiel, selon eux, réside dans la capacité de la Commission électorale nationale autonome et des autres institutions compétentes à reconnaître les dysfonctionnements, à en expliquer clairement les causes et à prendre, le cas échéant, des mesures correctives appropriées, y compris la reprise partielle du vote là où les droits des électeurs n’auraient pas été pleinement garantis.
Il n’en demeure pas moins que ces retards constituent un signal d’alerte. Dans un pays qui s’est bâti une réputation de stabilité électorale et de maturité démocratique, l’organisation matérielle du scrutin reste un élément central de la confiance citoyenne. Les élections communales et législatives de 2026, appelées à marquer un tournant institutionnel, seront jugées non seulement à l’aune de leur issue politique, mais aussi à la manière dont les autorités auront su gérer ces dysfonctionnements et préserver l’intégrité du processus électoral.
Articles liés
Elections au Bénin: démarrage lent et incidents limités selon la société civile
Elections au Bénin: retards à l’ouverture des bureaux, la CBDH observe un scrutin sans violence
[En Direct] Elections législatives et communales au Bénin: début des dépouillements
« Aujourd’hui, c’est le début d’une vie meilleure », Patrice Talon après son vote